Formation, employabilité et 3ème révolution industrielle : faut-il s’inquiéter ?

Ce matin à la radio j’entendais encore la même statistique : 25% de taux de chômage chez les jeunes en France. L’info est brute, voire brutale, mais décrit-elle la réalité ? Moi, il me semble que véhiculer l’idée d’un chômage de masse chez les jeunes est dangereux parce qu’il ne permet pas une prise de conscience essentielle à mon sens.

Pourquoi est-on au chômage quand on a moins de 25 ans ? Et bien parce que on n’a pas le diplôme ou la formation minimale ou adéquate qui vous ouvre les portes du premier emploi. Autrement dit le chômage de masse touche principalement les jeunes de moins de 25 ans qui n’ont pas le bac en poche ou sans formation technique, qui de fait se trouvent avec une très faible employabilité sur le marché du travail. Ce que je veux dire c’est qu’il faudrait, d’un point de vue « pédagogique », aller au bout de l’information et dire « le taux de chômage chez les jeunes qui n’ont ni le bac ou une formation est de 25 % ». Et la on pourrait poser la question de l’employabilité. Poser la question de l’adaptation de ce que je sais faire, de mon potentiel, au besoin de l’économie. Et l’employabilité c’est bien cela  : quelles compétences posséder et quelles connaissances nécessaires pour trouver un emploi, s’y épanouir et pouvoir en changer le cas échéant.

3ème Révolution Industrielle : menaces, promesses, enjeux. 

Hier j’assistais à la conférence donnée par Luc Ferry au sein de l’Institut des Ressources Industrielles du Rhône sur le thème : 3ème Révolution Industrielle : menaces, promesses, enjeux. Une révolution industrielle qui porte en son coeur la Robotique  – la robolution (Bruno si tu m’entends) – et l’Intelligent Artificielle (AI). Une révolution industrielle qui va mettre la formation au centre de tout. La formation, initiale et continue, sera (est) le nerf de la guerre. Selon la cabinet Mc Kinsey, 70% des métiers de 2030 sont encore inconnus aujourd’hui. Ca vous collerait le vertige …

La conférence commence par un désaccord, nous sommes en plein dans la 3ème révolution Industrielle et non pas dans la 4ème comme on le lit partout régulièrement. Explications de Monsieur Ferry.

Qu’est-ce qu’une révolution industrielle ? 

Une révolution industrielle est identifiable, selon Luc Ferry, d’une part parce qu’elle dure dans le temps (une centaine d’années) et d’autre part parce qu’elle revêt 3 caractéristiques essentielles:

  • nouvelle source d’énergie,
  • nouveaux moyens de communication  (des idées et des choses),
  • nouvelle organisation de l’économie.

La 1ère révolution industrielle, c’est celle de Watt, de la machine à vapeur, qui créée les rotatives, la presse à grande échelle (diffusion des idées) et qui permet le train (déplacements des choses). C’est l’apparition, je fais court, du capitalisme.

La 2nd révolution industrielle, c’est celle de l’ampoule à filament et des centrales électriques, du moteur à explosion. Cela permet les trains, les avions, la TSF, le téléphone puis la télévision : les nouveaux moyens de communication des choses et des idées. C’est l’apparition des grandes multinationales, du Fordisme, du Taylorisme.

Le point commun (un des points communs) entre ces révolutions, c’est qu’elles ont un impact fort sur les emplois. Et comme nous sommes à Lyon l’exemple des Canuts avancé par Luc Kerry est à propos : l’apparition de la machine à tisser Jacquard va pousser des milliers de soyeux à la révolution parce que elle détruit leurs « vieux métiers ». Plus loin dans le temps, les agriculteurs vont voir leur nombre fondre sous l’impact de la mécanisation. Ce phénomène c’est ce que Luc Ferry nomme le phénomène de déversement. Des milliers de personnes issus d’un secteur d’activité qui se « modernise » perdent leurs emplois et donc viennent gonfler les rangs d’un autre secteur (les agriculteurs qui se déversent dans l’industrie, la sidérurgie, par exemples).

La 3ème révolution industrielle c’est quoi alors ?

Et bien c’est une nouvelle source d’énergie : l’intelligence, le bigData. La data est le nouveau pétrole nous dit Luc Ferry ! Toutes les informations que nous laissons sur le web sont une énergie nouvelle, (si c’est gratuit, c’est vous le carburant). Vous l’aurez deviné, le nouveau moyen de communication des idées c’est le web évidemment. Quant au nouveau moyen de déplacer les choses, c’est l’internet des objets. 15 milliards d’objets connectés dans le monde aujourd’hui, 300 milliards dans la prochaine décennie. Les objets connectés captent les informations, l’intelligence artificielle analyse les données. Cela donne la voiture autonome, la livraison de colis par drones notamment.

Et la nouvelle organisation de l’économie ? L’économie collaborative. L’ère des UBER, AirBnB et de toutes ces entreprises qui capitalisent sans être propriétaire. Airbnb pèse 24 milliards de dollars, soit plus que la chaîne d’hôtels Marriott (21 milliards), qui possède 4.000 hôtels. La start-up vaudrait aussi deux fois plus que le Français AccorHotels (11 milliards d’euros en Bourse) avec 3.700 hôtels.

La formation, le nerf de la guerre.

Pour finir sa conférence, Luc Ferry, identifie 8 innovations convergentes majeures, qui vont secouer fortement (disrupter) nos économies et impacter nos emplois brutalement (en fait çà a déjà commencé, vous l’aurez constaté).

  • les biotech
  • les nanotech (le smallbang)
    • (On pourrait rajouter les Fintech, les Edtech peut être moins révolutionnaires mais avec des impacts sur les emplois conséquents)
  • l’internet des objets
  • l’Intelligence Artificielle (la faible et la forte distingue Luc Ferry)
  • les imprimantes 3D (notamment les imprimantes de tissus cellulaires)
  • l’hybridation homme/machine
  • la robotique
  • les cellules souches

Quels sont les défis de la formation face a cette révolution ?

Les défis de la formation sont immenses, les questions liées à l’employabilité nombreuses à traiter. Comment réinventer la formation initiale ? Quel est le rôle de l’école : émanciper les Hommes ou préparer à un métier ?

Pourquoi sur les 30 milliards de la formation professionnelle seuls 10% sont dévolus aux demandeurs d’emplois ? C’est à dire ceux qui voient leurs métiers disparaître, se transformer, et qui se « déversent ». Bizarre comme choix de société non ?

Comment réinventer le financement de la formation professionnelle ? Mettre en place un crédit d’impôt formation (il y a des niches fiscales bien plus saugrenues) ? Attribuer à chaque actif une « bourse formation » sous forme de chèques formation à dépenser tout au long de la vie pour se former , développer ou maintenir son employabilité ?

Faut-il supprimer toutes les cotisations des entreprises liées à la formation et créer une contribution formation unique qui ne servirait qu’à financer les formations des actifs les plus éloignés de l’emploi ? Et par la même supprimer les OPCA et tout ce qui gravite autour de la collecte et la redistribution de l’argent de la formation ?

Ne faut-il pas agir politiquement pour faire prendre conscience aux actifs qu’ils vont devoir se « payer » eux-même les formations nécessaires à leur employabilité ?

Et ne faut-il pas agir politiquement pour faire prendre conscience aux chefs d’entreprises que les fonds de la formation professionnelle doivent être prioritairement orientés vers les jeunes sans qualification, sortis du système scolaire trop tôt,  les demandeurs d’emplois, les séniors qui ont perdu de l’employabilité. Et que donc ils vont devoir financer sur leurs deniers la formation de leurs collaborateurs ? Former pour ne pas disparaitre. Former pour attirer les talents.

Qui est responsable du capital employabilité de la France ? Le politique ? L’entreprise ? L’école ? Le salarié ?

Si hyperbolyk est né c’est parce que nous avons fait certains de constats, et que nous pensons percevoir certaines tendances (les signaux forts et faibles) qui apportent déjà des débuts de réponses.

Mais vous, dites-nous, vous en pensez quoi ?  

Vous pensez que cette 3ème révolution industrielle va tuer des emplois ou qu’au contraire elle va en créer plus encore ?


A lire  : Luc Ferry "La révolution transhumaniste" Les progrès des techno-sciences sont d'une rapidité incroyable et l’économie collaborative est partout. Le monde qui se dessine est à la fois enthousiasmant, et angoissant. Luc Ferry décrypte dans son dernier livre avec simplicité,  la révolution qu'il nomme transhumaniste que nous vivons au quotidient sans sans parfois même nous en rendre compte.